ONU : Judith Suminwa remet la question des FDLR au cœur de l’accord de Washington
La question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), au cœur des tensions sécuritaires entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, s’est invitée mercredi 23 septembre 2026 à la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies. Dans son discours, la Première ministre congolaise, Judith Suminwa, a insisté sur les mesures prises par Kinshasa pour neutraliser ce groupe armé, tout en appelant à une mise en œuvre simultanée et vérifiable des engagements pris dans le cadre du processus de Washington.
La cheffe du gouvernement congolais a notamment rappelé le protocole signé le 30 mai 2026 par la direction politique et militaire des FDLR, présenté par Kinshasa comme une étape vers le désarmement, la démobilisation et le cantonnement de leurs combattants, en vue de leur rapatriement ou de leur relocalisation. Elle a précisé que ces dispositions ne préjugent pas d'éventuelles poursuites judiciaires pour les auteurs de crimes graves.
« La République démocratique du Congo assume ses responsabilités », a déclaré Judith Suminwa, en rappelant que la question des FDLR a longtemps été invoquée par Kigali pour justifier ses mesures sécuritaires et sa présence militaire dans l'Est congolais.
Selon la Première ministre, une première opération concrète a été enregistrée le 8 septembre 2026, avec le rapatriement, avec l'appui de la MONUSCO, de 120 personnes associées aux FDLR. Kinshasa considère cette opération comme une traduction des engagements pris et entend désormais dissocier le traitement de la menace FDLR de la question de la présence de forces étrangères en RDC.
Cette position s'inscrit dans le cadre de l'accord de paix signé à Washington le 27 juin 2025 entre la RDC et le Rwanda. Le texte prévoit notamment la mise en œuvre du Plan harmonisé de neutralisation des FDLR et de désengagement des forces ou de levée des mesures défensives du Rwanda, connu sous l'acronyme CONOPS.
L'accord établit ainsi deux engagements sécuritaires étroitement liés : la neutralisation des FDLR par la RDC et le désengagement des forces rwandaises ainsi que la levée des mesures défensives prises par Kigali. Le mécanisme prévoit également une coordination sécuritaire entre les deux pays et des dispositifs de suivi destinés à rendre le processus plus transparent et vérifiable.
Kinshasa réclame un mécanisme de vérification
Devant les représentants des États membres de l'ONU, Judith Suminwa a également plaidé pour une meilleure articulation des différents processus diplomatiques engagés pour tenter de mettre fin à la crise dans l'Est de la RDC.
Elle a appelé à une coordination entre les mécanismes de Washington, de Doha et de l'Union africaine, avec notamment un calendrier précis, un mécanisme indépendant de vérification et un partage régulier des informations entre les parties.
Cette exigence intervient alors que les mécanismes de mise en œuvre de l'accord de Washington ont déjà reconnu des difficultés dans l'application de plusieurs engagements. Lors d'une réunion du Comité conjoint de surveillance en juin 2026, les parties avaient notamment fait le point sur les efforts de neutralisation des FDLR et sur le processus de désengagement des forces et de levée des mesures défensives du Rwanda.
En juillet 2026, le Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité avait également souligné la nécessité d'accélérer la mise en œuvre des engagements de Washington et évoqué la recherche de mécanismes de vérification permettant de renforcer la transparence du processus.
Kigali conteste la lecture de Kinshasa
La démarche congolaise reste toutefois contestée par Kigali. Les autorités rwandaises ont rejeté l'interprétation faite par Kinshasa de certaines initiatives concernant les FDLR et considèrent que la question de la neutralisation du groupe demeure directement liée à leurs préoccupations sécuritaires.
Cette divergence illustre l'une des principales difficultés du processus de Washington : les deux parties ont souscrit aux mêmes engagements généraux, mais continuent de diverger sur leur mise en œuvre et leur séquençage.
Le texte de l'accord prévoit pourtant un processus coordonné : la neutralisation de la menace FDLR doit être menée parallèlement au désengagement des forces et à la levée des mesures défensives du Rwanda. Le mécanisme prévoit plusieurs phases, allant de la préparation et du partage d'informations aux opérations de neutralisation, puis à l'évaluation et à la stabilisation.
Washington, Doha et l'Union africaine sous pression
Pour Kinshasa, l'enjeu est désormais de transformer les différents engagements diplomatiques en mesures concrètes sur le terrain. La RDC souhaite notamment que la question des FDLR soit traitée dans le cadre prévu par l'accord tout en faisant respecter son intégrité territoriale.
La coordination avec le processus de Doha constitue un autre volet de cette équation. L'accord de Washington reconnaît d'ailleurs les négociations menées entre Kinshasa et l'AFC/M23 sous médiation qatarie et prévoit que les parties soutiennent leur aboutissement.
Les mécanismes internationaux de suivi ont, à plusieurs reprises, relevé des retards dans la mise en œuvre de certains engagements. Dès septembre 2025, le Comité conjoint de surveillance avait fait état d'une mise en œuvre jugée lente de plusieurs éléments de l'accord et appelé les parties à accélérer le processus.
À New York, Judith Suminwa a donc placé la question des FDLR dans une perspective plus large : celle du respect simultané des engagements sécuritaires, de la souveraineté territoriale de la RDC et de la nécessité d'un mécanisme de vérification permettant de mesurer les progrès accomplis.
Plus d'un an après la signature de l'accord de Washington, la neutralisation des FDLR et le désengagement des forces rwandaises restent ainsi parmi les dossiers centraux du processus de paix. Leur mise en œuvre effective demeure déterminante pour réduire la méfiance entre Kinshasa et Kigali et pour donner une traduction concrète aux engagements pris devant les médiateurs et partenaires internationaux.